# From: Jean-Loup BEVIERRE
{t:OU C'EST QU'J'AI MIS MON FLINGUE ?}
{st:Renaud SECHAN}
[C]J'veux qu'mes chansons soient des caress[G]es,
Ou bien des poings dans la gueu[Am]le.
A qui qu'ce soit que je m'adr[G]esse,
J'veux vous r'muer dans vos faut[C]euils.
Alors, coutez-moi un p[G]eu,
Les pousse-mgots et les nez d'bo[Am]eufs,
Les ring[C]ards, les folkeux[G], les journaleux[C].
D'puis qu'y a mon nom dans vos journaux,
Qu'on voit ma tronche la tl,
O j'vends ma soupe empoisonne,
Vous m'avez un peu trop gonfl.
J'suis pas chanteur pour mes copains,
Et j'peux tre teigneux comme un chien.
J'dclare pas, avec Aragon,
Qu'le pote a toujours raison.
La femme est l'avenir des cons,
Et l'homme n'est l'avenir de rien.
Moi, mon av'nir est sur le zingue,
D'un bistrot des plus cradingues,
Mais bordel ! o c'est qu'j'ai mis mon flingue ?
J'vais pas m'laisser emboucaner,
Par les fachos, par les gauchos,
Tous ces pauv' mecs endoctrins,
Qui foutent ma rvolte au tombeau.
Tous ceux qui m'traitent de dmago,
Dans leur torchon qu'j'lirai jamais :
"Renaud, c'est mort, il est rcupr" ;
Tous ces p'tits bourgeois incurables,
Qui parlent pas, qu'crvent pas, qui bavent,
Qui vivront vieux leur vie minable,
Ont tous dans la bouche un cadavre.
T't'faon, j'chante pas pour ces blaireaux,
Et j'ai pas dis mon dernier mot.
C'est s'ment pas un disque d'or,
Ou un Olympia pour moi tout seul,
Qui me feront virer de bord,
Qui me feront fermer ma gueule.
Tant qu'y'aura d'la haine dans mes s'ringues,
Je n'chant'rai que pour les dingues,
Mais bordel ! o c'est qu'j'ai mis mon flingue ?
Y'a pas qu'les mmes dans la rue,
Qui m'collent au cul pour une photot ;
Y'a mme des flics qui me saluent,
Qui veulent qu'j'signe dans leur calot,
Moi j'crache dedans et j'crie bien haut,
Qu'le bleu marine me fait gerber ;
J'aime pas l'travail, la justice et l'arme.
C'est pas d'main qu'on m'verra marcher,
Avec les connards qui vont aux urnes,
Choisir c'lui qui nous f'ra crever,
Moi, ce jour-l, j'reste dans ma turne.
Rien foutre de la lutte des crasses,
Tous ces systmes sont dgueulasses !
J'peux pas encaisser les drapeaux,
Quoiqu'le noir soit le plus beau.
La Marseillaise mme en reggae,
a m'a toujours fait dgueuler.
Les marches militaires, a m'dglingue,
Et votr' rpublique, moi, j'la tringle,
Mais bordel ! o c'est qu'j'ai mis mon flingue ?
D'puis qu'on m'a tir mon canif,
Un soir, au mtro Saint Michel,
J'fous plus les pieds dans une manif',
Sans un nunchak' ou un cocktail
A Longwy comme Saint-Lazare,
Plus de slogans face aux flicards,
Mais des fusils, des pavs des grenades !
Gueuler contre la rpression,
En dfilant "Bastille-Nation",
Quand mes frangins crvent en prison,
a donne une bonne conscience aux cons,
Aux nez d'boeufs et aux pousse-mgots,
Qui foutent ma rvolte au tombeau.
Si un jour, j'me r'trouve la gueule par terre,
Sr qua s'ra d'la faute Baader.
Si j'crve le nez dans le ruisseau,
Sr qu'a s'ra d'la faute Bonnot.
Pour l'instant ma geule est sur le zing
D'un bistrot des plus cradingues,
Mais faites gaffe ! J'ai mis la main sur mon flingue !